Noof

La salle se remplit progressivement. Nous sommes les premiers installés et notre place de premier choix nous permet d’apprécier les lieux et l’ambiance qui règne. Cette petite salle de quartier peut recevoir une centaine de personnes. Ces dernières ont répondu présentes à la vue de l’affiche alléchante et troublante de Noof. Un véritable as des as de la publicité!

Entrée
Alors que les Parisiens philosophent sur leurs dernières lectures et étalent leur culture générale à foison, Noof s’échauffe la voix non loin des sages. La scène est intrigante (je parle bien évidemment du décor et non plus des Parisiens !). Une table, une chaise, une table de chevet, un bocal et bien d’autres accessoires se partagent les planches. La scène du crime est plantée. Le Cluedo doit être caché dans cette foule d’objets. L’human beat box déjanté, psychopathe à quelques moments, est enfin sur scène et nous offre un jeu parfois drôle (« Chanson de ouf »), parfois touchant (« Chanson de chambre »). Noof nous jette en pleine face son arme…vocale !

Plat principal
Noof prend place à table. En guise de couverts, deux à trois boites électroniques. Il nous sert, en amuse-bouche, un voyage gastronomique dans son pays si mystérieux (« Hiddim haï »). La construction des chansons est très intéressante et bluffante puisqu’il construit ses morceaux en temps réel, devant nous. En effet, les titres prennent forme sous nos yeux ébahis et amusés. Il réussit à nous mettre en appétit à coup sûr. Les percussions sont les bases, le commencement. Les autres instruments (Guitare, violon, didjéridoo…) se greffent naturellement à la rythmique. Le clown vocal use d’une multitude de jeux vocaux et d’attentions grimaçantes au point d’effrayer les plus jeunes assis au premier rang.

NoofLa fête se poursuit avec « As des as ». Une intro beaucoup moins accrocheuse et énervée que sur la galette mais une énergie qui va crescendo. L’artiste se démène et occupe tout l’espace imparti. Il saute, s’époumone en vociférant son texte sur un ton rappelant l’enthousiasme de certains rappeurs. Il finira le morceau affalé par terre essayant en vain de récupérer son souffle. Tous ces petits à côté sont calculés puisqu’il n’hésite pas à enregistrer, via ses machines, sa respiration saccadée de façon à mieux enchaîner la suite des festivités. Le public est aux anges et applaudit sans retenue cette belle mise en scène qui ne manque pas de goût. Ces applaudissements seront même conviés sur un des titres. Le public, désormais gourmet, participe comme dans toute bonne représentation et est considéré comme un « permanent guest ». A mi-chemin entre le métier de comédien et celui de musicien, Noof joue avec nos émotions. Parfois triste (« Doudou »), parfois déjanté (« Chanson jump ») ou tout simplement hystérique (« As des as »), son visage se joue de nous. Ne sachant plus sur quel pied danser, les enfants du premier rang suivent avec attention le déroulement du spectacle…non sans mimiques. Les morceaux connaissent quelques variantes et l’on découvre l’artiste sous un autre jour. Il ne parle pas mais communique malgré tout. Il préfère de loin faire parler ses accessoires, émet quelques bruits bizarres mais maîtrisés à l’aide d’une simple paille, se gargarise en vue de nous offrir une pincée de notes aquatiques et met en scène ses meubles (« Le mot »). De nouvelles performances apparaissent laissant nos esprits vagabonder et celui de l’artiste innover. Généreux dans son interprétation, il n’hésitera pas à revenir au devant de la scène pour deux rappels triomphants.

Dessert(s)
L’originalité et l’inventivité du spectacle, de l’artiste, sollicitent naturellement les convives dans cette prestation effrénée, vivante donc vivifiante. A voir encore et encore car comme tout bon spectateur, je suis en admiration devant ce magicien vocal qui n’est pas prêt à livrer ses secrets. Un grand merci à Nicole Hollington pour cette fabuleuse découverte.