Alors, chante!

Mardi 15 Mai

Moussu T e lei jovents :

Moussu T e lei jovents ouvre le balèti : une invitation à Marseille, « Mademoiselle Marseille », afin de découvrir ses coutumes, ses quartiers et son savoir-faire « Les plaisirs de la pêche » le temps d’un concert.

Les images s’enchaînent dans nos esprits. Véritable annonciateur de l’été, Moussu T conte ses histoires, chante son patrimoine et sa culture emprunte de nostalgie. Le nouvel album « Forever Polida » n’était que trop peu représenté. Un véritable retour aux sources…

Papet J :

La carte d’identité de l’artiste : le sound system marseillais. A priori et selon les dires de nos troubadours ambulants, ce serait les Marseillais qui seraient à l’origine de ce mouvement « sound system marseillais ».

Une musique « bouléguante » mais qui perd toute son énergie sur scène. Trois DJ’s se partagent les samples et malgré tout, rien n’est vraiment différent de l’album. Soleil FX en fait des caisses, saute dans tous les sens, trépigne de droite à gauche et traverse la scène en vociférant. L’ensemble est mou malgré des sujets impliqués et impliquant « De l’eau ! », des refrains percutants qui s’avèrent très décevants sur scène. Difficile de ne pas relâcher l’attention…

Massilia Sound System :

Le Massilia Sound System clôture cette soirée dans la bonne humeur marseillaise à grand coup de jaune dans la gueule. L’énergie du groupe est bien évidemment communicative et l’art d’en rajouter prend toute sa valeur sur scène. Lux, handicapé par l’absence de son ami MC Gari, n’en perd pas pour autant son occitan. Il hurle dans son porte voix et se plait à arroser le public avec de l’eau pure, cruellement menacée et ardemment défendue par Papet Jali tout au long de la soirée « De l’eau ! ». Sacré Lux !

Les machines sont remplacées par de vrais musiciens débauchés du Oaïstar et Moussu T e lei jovents. Le spectacle ne repose plus uniquement sur des MC’s qui aujourd’hui font danser les foules à coup d’instruments vivifiants et avec toujours autant de slogans tapageurs « Interdit aux conos ». C’est toute une famille que nous retrouvons sur scène, un échange avec le public, une ambiance détendue et festive.

Les titres sont piochés à droite à gauche et l’on prend plaisir à entendre de vieilles chansons occitanes « Parla patois », « A la rasbalha »…Les titres sont connus et revisités « Violent », pas besoin d’être fan absolu pour profiter du spectacle et être obligé de tendre l’oreille « Qu’elle est bleue ». Dommage que le discours et l’approche restent inchangés « Lo Oai » depuis la tournée « Occitanista ».

Mercredi 16 Mai

Syrano – Eurythmie

Syrano frappe au bide et chaque titre est impatiemment attendu. L’accordéon nous entraîne, le phrasé hip hop « Les orgues de barbarie » nous interpelle et l’impact des mots a dix fois plus de puissance et d’importance à nos oreilles. Les six musiciens exploitent leurs instruments « traditionnels » (violon, violoncelle, accordéon, guitare) et les actualisent pour le plus grand plaisir des filles comme des garçons sur des sujets engagés « Ficelle ». Au final, tout le monde s’y retrouve et l’on a du mal à admettre que la prestation de Syrano touche à sa fin. On retient la puissance, l’attrait des textes « Dans ma bulle » et l’on espère les retrouver très prochainement en tête d’affiche…Patience.

Aldebert – Eurythmie

L’impatience me joue des tours et finalement le concert se déroule sans grande révélation comme je l’espérais « C’est comment là-haut ? ». L’album « Les paradis disponibles » s’avère beaucoup moins rythmé et énergique que son prédécesseur « L’année du singe ». Les titres s’enchaînent sans grand intérêt à l’exception de « La première fois » ou encore « Amoureuse » qui sortent du lot et semblent avoir un lien, la même ferveur et la même fonction que ses aînés, « Dis-moi dimanche », « La plage », « Le bébé » celle de danser. Ceci dit, les influences sont moins criantes sur cet album.

Jeudi 17 Mai

Poncet – Magic découverte

J’arrive à temps pour écouter ce qui reste de la prestation de Poncet. Belle surprise, une musique à mi-chemin entre le jazz et la chanson où l’on parle de religion, d’héritage de patrimoine, de souvenirs adolescents…Une musique qui invite à la réflexion, à ouvrir son esprit vers d’autres cultures qui se croisent et s’allient le temps d’une chanson.

Imbert Imbert – Magic découverte

Imbert Imbert est un artiste original. Son univers musical se limite à la simplicité et la chaleur d’une contrebasse, à la poésie d’un drôle de bonhomme aux allures de rockeur.

Il chante la vie, ses déceptions amoureuses, ses triomphes. La nostalgie est présente et l’on sent l’implication de sa contrebasse qui contribue à faire parvenir l’émotion jusqu’à nous. Elle nous donne le ton et telle une femme, fait la pluie et le beau temps. L’archet et les sons qu’il autorise à sortir, sévères et majestueux à la fois, présentent un penchant pour la gravité, un certain mal de vivre. L’humour fait aussi partie des qualités de l’artiste qui, après avoir vogué auprès de Jim Murple Memorial, De rien…, affirme sa personnalité avec franchise et rage de vivre. A suivre de près…

MeLL – Théâtre

Le théâtre de Montauban nous accueille dans une salle défraîchie mais qui ne manque pas de charme et de surprise. Sur les planches, c’est un personnage haut en couleurs qui s’agite entre deux albums avec une énergie et un caractère explosifs.

Il s’agit de MeLL, petite fille presque modèle aux mimiques hilares. Elle n’a pas sa langue dans la poche, la tire et l’étire tout au long du concert pendant lequel sa guitare acoustique transpire des notes qui en disent long sur l’artiste « Même pas peur ». Un monde noir et ironique inonde une salle faisant les gros yeux « C’est pas une vie ».

Le public est sollicité « Maintenant qu’t’es là (j’t’ai ligoté) » et l’artiste n’est pas avare en discours. En effet, le public est assis, statique. Plutôt déstabilisant lorsqu’on connaît l’univers de l’artiste. C’est une grande surprise de découvrir MeLL sur les planches d’un théâtre avec pour seul accompagnement sa guitare et son ami trompettiste. Une formule originale et complètement assumée du début à la fin avec un plaisir réciproque. Edouard Romano, trompettiste, assure la musicalité et canalise ainsi l’énergie débordante d’une chanteuse amoureuse de punk/rock.

Intimidante et simple à la fois, MeLL a su interpréter ses titres avec minimalisme. Une énorme patate « Voiture à pédales », un sacré brin de femme. Espérons voir un jour ces quelques titres immortalisés sur CD.

Vendredi 18 Mai

Jeanne Cherhal – Magic découverte

Jeanne et son équipe montent sur scène échappant le temps d’un soir à une pluie devenue familière. A peine domestiquée, celle-ci laisse place à une canicule artificielle mais belle et bien présente sous le chapiteau.

Les artistes montent sur scène sous des applaudissements généreux. La formation a accueilli de nouveaux venus notamment une bassiste qui assure les chœurs. Le piano ( à découvrir sur jouer-piano.fr ) est davantage délaissé sur cette nouvelle tournée laissant place à des instruments électrifiés et une formule plus énergique où les prouesses vocales semblent moins mises en avant. Jeanne au piano, à la guitare ou encore à la basse prouve sa capacité à s’adapter et à adapter sa musique selon les circonstances, ses envies. Le groupe et l’énergie de la set-list « La peau sur les os » ont su s’accommoder d’un manque de réactivité lié à l’aménagement de la salle.

Les morceaux extraits de l’album « L’eau » s’enchaînent tambour battant « Voilà ». Quelques pauses au piano sont les bienvenues « Les photos de mariage » et l’on regrette aujourd’hui la simplicité des premiers concerts. Paradoxalement, on regrette aussi l’absence de notre choriste sur « Rondes larmes » qui sur le coup paraît fade. Elle est un atout incontestable, elle y apporte des nuances « L’eau » et il devient difficile de se passer de sa voix qui se fond parfaitement dans le nouvel univers de l’artiste.

Côté puissance, nous retrouvons les anciens titres avec la même impatience, le même enthousiasme « Un couple normal ». Redynamisés, nous reconnaissons l’univers plein d’humour de la chanteuse « Rural », « La station », « Ca sent le sapin » avec une énergie rock déroutante « Un trait danger ». Le dernier album a également son lot d’histoires dôles et insolites « Une tonne ». Le public investit les chansons avec bonheur. Deux nouvelles expérimentations ne manquant pas de charme et d’humour voient le jour sous les yeux brillants des Montalbanais « L’homme à la moto ». Jeanne et son acolyte ont l’art de rapprocher des sujets sans le moindre lien : la chirurgie esthétique et les quatre roues donnent à cette escapade vocale une chute ne manquant pas de piquant.

La soirée se clôture une fois après avoir épuisé la quasi-totalité des chansons du dernier album. Le rire et l’émotion « Merci », « Le tissu » nous ont accompagné tout au long de la soirée. Ma dernière image en tête est celle de Jeanne interprétant « Merci » : fabuleux !

Samedi 19 Mai

Mr Roux

Musique festive et acoustique pour ce premier album intitulé « Ah si j’étais grand et beau…» qui s’est fait une place dans le cœur des Montalbanais tout excités à l’écoute de certaines ballades devenues incontournables « P’tite pouff », « Petit rasta »…Le public est réceptif, rit de bon cœur « Ma mère la pute » et réclame même ses coups de cœur. Les morceaux sont joués en toute simplicité, sans artifice. Cela en devient déroutant et beaucoup moins percutant « P’tite pouff ». La bonne humeur de Mr Roux est malgré tout présente pour nous faire oublier ce manque certain. De nouvelles compositions fusionneront parfaitement avec les anciennes laissant un peu de mystère aux amateurs et fanatiques de Mr Roux.

L’album est vraiment incontournable, plein d’ironie, d’humour et de bonne humeur. A posséder d’urgence !

K

« L’arbre rouge » symbolise la différence « L’amour dans la rue ». En effet, l’extravagance, la gestuelle et le côté théâtral envahit la salle si bien que le public finit par guetter le moindre débordement de l’artiste paraissant le temps d’un concert légèrement survolté, en parfait décalage avec la chanson française trop souvent « amorphe » et dépressive dans les interprétations.

Les textes troublants, la musique parfois oppressante encouragera mes pauvres doigts à finir recouverts de sang. Rongé par la vie « La cendre » mais aussi amusé par la vie « La petite léonine », ce jongleur au caractère certain se joue de nos émotions.

L’interprétation est généreuse, l’énergie est présente. Rigoureux, les musiciens fusionnent avec les lieux sous l’œil attentif du chanteur.

Renan Luce

La seconde écoute est nettement plus digeste. La première partie de Sansévérino aura au moins eu cet impact sur ma personne.

Chroniquer le quotidien fait partie de son savoir-faire « Les voisines ». Tel un puzzle, ses chansons évoluent, sont détournées et prennent parfois de drôles de directions pour finalement exposer un tableau par le biais duquel le public s’imagine parfaitement le personnage « Repenti ».

Un bon moment passé en sa compagnie avec des titres et des mélodies facilement assimilables et quoi qu’on en dise, entraînantes « La lettre ».

Sansévérino

Les décors sont beaucoup moins minimalistes qu’à ses débuts. A droite de la scène s’élève une dizaine de pupitres bientôt occupés par une section cuivre talentueuse. A gauche un clavier et, enfin, une batterie domine le plateau. Bratsch est le premier invité à monter sur scène rejoignant ainsi la contrebasse et les deux guitares.

L’émotion est palpable face à un groupe « Bratsch » qui fête son 25ème anniversaire sur scène avec l’invité de ce 21ème festival. Sansévérino accompagne ses amis le temps de deux chansons, d’un voyage matérialisé par l’album « Plein du monde ».

Une fois la bénédiction faite, nous voici plongés dans l’univers festif d’un artiste au franc-parler. Le chanteur affiche clairement son enthousiasme au fil des titres avec une énergie et un humour bienvenus « Comment séduire une femme mariée ». Le public est réceptif et démarre au quart de tour. Sansévérino plante le décor, s’entête dans ses explications avant de succomber à l’hystérie « A l’enterrement de ma grand-mère » en traversant le public, en saluant les plus enthousiastes. Le voici désormais dans les gradins, agitant ses bras et vociférant je ne sais quelle stimulation à un public souffrant visiblement d’arthrite.

Les anciens morceaux sont revisités et réadaptés avec cette nouvelle formation dans des interprétations détonantes « André ». Les plus fanatiques regrettent l’ambiance des premiers albums mais finissent par adhérer aux nouvelles influences puisant toutes leurs forces sur scène.

La diction du chanteur en séduit plus d’un…Vibrion, spécialiste du slam électro, entre en scène réconciliant ainsi certains univers musicaux pourtant bien lointains : chanson, rap, jazz. Les plus sceptiques participent à un entracte où l’ouverture d’esprit est de rigueur. Un bel exemple de métissage des cultures.

Les surprises s’enchaînent tout au long d’un spectacle vivant, d’une prestation intarissable et d’une générosité caractéristique. Anis sera le dernier convive à fouler les mêmes planches que son ami Sansévérino. Après maintes interprétations et travestissements, nous voici plongés dans un univers plus intime, plus proche de ses débuts. Les instrumentistes s’installent autour du chanteur et chacun se laisse aller dans un exercice acoustique « La cigarette » où quelques improvisations résonnent encore dans mon crâne.

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Conclusion :
Malgré la pluie, le festival a ouvert ses portes avec la même bonne humeur et rigueur qu’on lui connaît. Imbert Imbert rafle la mise. En effet, le vainqueur des Bravos d’Alors…Chante ! public et professionnel succède fièrement à ses confrères musiciens Renan Luce et K. Nous le retrouverons donc sur la scène de l’Eurythmie l’année prochaine aux côtés du parrain de la 22ème édition du festival. Dommage que la politique ait pris une place aussi importante dans la fête, dans les échanges artistes/public. Aujourd’hui les conséquences sont bien là et cette 21ème édition aura peut-être l’occasion d’ouvrir, cette fois-ci, un vrai débat : celui de la liberté d’expression et de ses limites.