The Prodigy – The Day is My Enemy

Rares sont les groupes qui peuvent prétendre avoir autant influencé la scène électro sur près de trente ans… Prodigy est de ceux-là… À l’instar des Chemicals Brothers – qui sortent également leur album cette année –, les « prodigieux punks raveurs » reviennent six ans après leur Invaders Must Die, album plutôt inégal qui comptait malgré tout de gros titres comme « Omen » ou « Take Me to the Hospital »…

Un album sans concessions

The Day is my Enemy est le sixième opus et marque donc le grand retour du trio. Les années passent, mais la rage semble plus que jamais perceptible, c’en est même devenu une tonalité lyrique chez eux. On reste loin des sonorités hypnotiques de Music for the Jilted Generation et de la « fabrique de tubes incendiaires » de Fat of the Land. Néanmoins, on ne pourra pas reprocher au groupe de ne pas nous en donner pour notre argent. De son propre aveu, Liam Howlett, leader séditieux, nous présente ce disque comme un « violent assaut sonore ». Personne ne pourra d’ailleurs s’y opposer. En effet, il suffit de quelques secondes pour constater que la passion colérique s’est bonifiée avec le temps, mais surtout compte tenu de l’évolution de notre société urbaine qui préfère désormais cultiver la forme plutôt que le fond…

Celle-ci y est décrite comme anesthésiée et en pleine désintégration, le cauchemar nocturne est palpable sur la plupart des pistes. L’allégorie du renard sortant du bois pour traverser ce paysage citadin en est la représentation parfaite du groupe version 2015.

À l’image du titre éponyme de l’album, « The Day Is My Enemy » ouvre le bal par un martèlement corrosif, presque guerrier, l’esprit punk-rave y est bel et bien confirmé.

« Rebel Radio » est un bel hommage aux radios pirates des 80’s dont le beat n’est pas sans rappeler celui du génialissime « Firestarter ».

Sur « Nasty », la rage ne s’éteint pas, au contraire, ça gronde, mais les sonorités sont plus actuelles. À noter le pont (transition entre deux thèmes) diaboliquement enivrant.

Le titre « Destroy » fait penser à certaines prods plus anciennes du trio. L’électronique y est frénétique, assez old school. Un vrai régal.

« Rok-Weiler », titre brutal, offre des riffs nirvanesques et un beat dur. La métaphore du « chien d’attaque » est toute trouvée.

« Wild Frontier » avec son refrain de type « jeu vidéo 8 bits » prolonge l’assaut et fait sauter les limites de la sauvagerie.

« Roadblox », le morceau est nerveux de type post-dubstep, mais la puissance du rythme drum and bass en fait une valeur plus que sûre de l’album.

« Dance music at the moment is so fucking dead ».

En outre, The Prodigy garde une part de son énergie pour critiquer l’actuelle dance music qui, selon lui, est au point mort depuis quelques années maintenant, sans originalité, trop frileuse. La track « Ibiza » accable justement tous ces DJ’s déboulant sur l’île des Baléares en jet privé pour un set préprogrammé sur une clef USB (oui, oui ! C’est comme cela que ça fonctionne !).

L’énergie au service de la fatalité

En conclusion, ce nouvel opus est clairement une réussite, même s’il ne parvient pas à se hisser au niveau de Music for Jilted et Fat of the Land ce qui, en soi, aurait été miraculeux.

On reste soumis (avec plaisir) au matraquage furieux des sons purement « prodigyiens » où ils n’ont rien perdu de leur attitude de « maniaco-desequilibrés ». On doit surtout leur reconnaître de ne pas avoir cédé au chant des sirènes de la commerciale EDM (Electronic Dance Music) qu’ils vomissent tant.

The Day is my Enemy plaira sans aucun doute aux fans de la première heure et pourrait même convaincre les plus jeunes issus de la nouvelle ère, ici décriée par ces maîtres de la violence sonore.

Enfin, nous souhaitions relayer le sentiment dont avait fait part le leader en janvier dernier lors d’une interview au journal anglais le Guardian. En effet, celui-ci déplore, sans chercher à faire partie d’un quelconque patrimoine, que le groupe soit trop souvent négligé. Il aimerait que Prodigy soit considéré comme un groupe culturel important, tout comme Oasis ou Blur, tout en se revendiquant sur la même lignée que les Sex Pistols ou les Clash…

Liam Howlett reste toutefois conscient qu’être reconnus par « l’establishment » ne leur permettrait plus de jouer les rebelles. Nous aussi…