Chinese Man – The Groove Sessions Volume 3

Pour fêter les dix ans de la création du groupe Chinese Man, ce dernier nous offre certainement sa meilleure compilation. Les Groove Sessions présentent le catalogue du label marseillais Chinese Man Record. Il s’agit du 3e opus de ces sessions-là, après un album studio, Racing With the Sun, tout en sensibilité en 2011, et d’une sortie carrément démente d’un live à La Cigale en 2012 – un vrai régal ! Le groupe s’est fait connaître, entre autres, grâce au morceau « I’ve Got That Tune » qui a été choisi par Mercedes-Benz lors d’une campagne promotionnelle.

Pour les non-initiés aux pratiques martiales sonores du groupe, celui-ci se compose principalement de 2 DJ et d’un beatmaker. Leurs armes : le turntablism, une pratique consistant à sampler des vinyles et à recréer, au moyen de ses banques sonores, un assemblage musical harmonieux. Le procédé redonne toute sa splendeur aux actions des DJ qui ont, pendant longtemps, connu une période délicate avec, notamment, l’arrivée des échantillonneurs au cours des années 90. Depuis une dizaine d’années, l’humain ne cesse d’expérimenter la machine. Cette émulation viendra d’une relecture de la vieille école. Les Français Birdy Nam Nam et C2C utilisent également ce type de pratique, mais dans un cadre musical nettement plus électro.

Précisons également que l’entité Chinese Man a clairement évolué durant sa première décennie. D’un groupe a éclos un label avec la promotion d’autres artistes issus du clan ; les horizons culturels se sont enrichis. Au même titre que la Asian Dub Foundation, ces Chinese Man bâtissent un empire revendiquant leur autonomie tout en soutenant les indépendants face aux majors de l’industrie musicale.

Le volume 3 des Sessions s’ouvre davantage aux artistes du label Chinese Man Records. Certains sont fidèles depuis le début, d’autres entament leur collaboration.

Les instrus cools, les beats qui tapent : on est rapidement précipité dans le sujet. Même si cette compilation se veut plus hip-hop qu’auparavant, cet album repousse, en outre, un peu plus les limites stylistiques du groupe. On y retrouve pêle-mêle des sonorités dub, reggae, jazzy, électro, latinos et bien sûr orientales. On notera des morceaux plus sombres et d’autres plus festifs qu’à l’accoutumée.

L’album est composé de 14 pistes : nous vous proposons une présentation de celles qui ont été les plus appréciées par la rédaction de Rock Addict.

« Scatter », première track de la compil, résolument hip-hop aux accents de trompettes à la sauce mariachi. On y retrouve un tout nouveau rappeur prénommé EX-I qui fera certainement encore parler de lui sur les prochaines Sessions.

« Tall Ground » du groupe Deluxe, une des têtes d’affiche du label Chinese Man Records et omniprésent lors des lives de leurs grands frères. Une débauche d’énergie sur ce morceau où la part belle est faite aux cuivres et percus. Ce groupe est composé de 5 musiciens et d’une chanteuse. Le groove de « Tall Ground » n’est pas sans rappeler la puissance des Anglais d’Herbaliser. La récidive avec « Breaking News » est plus lisse, mais tout aussi entraînante.

« Once Upon a Time », l’un des bijoux de l’album où l’on retrouve Tumi, rappeur et star sud-africaine, accompagné de l’un de ses compatriotes, le chanteur Zubz. Le sujet est lourd puisqu’il traite de l’apartheid, mais le groove est percutant et nous replonge dans le hip-hop US des années 90. Ce morceau pourrait largement concurrencer une des productions de DJ Muggs du groupe Cypress Hill. Brillant…

« Don’t Scream », track la plus obscure de l’album, mais certainement l’une des plus efficaces en matière de hip-hop. Lourd et dévastateur, le thème final est explosif, un beat carrément drum & bass, les vibrations se font ressentir jusqu’au bout des ongles. C’est également l’occasion pour le groupe de confronter deux ténors en matière de lyrics D & B que sont Dynamite MC et Youthstar.

Balma, avec sa nouvelle signature du label S.O.A.P (Son Of A Pitch) porté par l’excellent Taiwan Mc, l’une des figures emblématiques du label depuis plusieurs années désormais. Le son est un mélange d’« oriental vibes » avec une basse assez discrète, mais très dubstep.

Independant Music, le label dispose enfin de son hymne, et comme le groupe fait les choses de façon consciencieuse, d’une distribution réjouissante – les habitués Taiwan Mc et YT accompagnés d’une légende du style puisque le chanteur jamaïcain, Johnny Osbourne, pose sa voix sur le morceau pour cette ballade reggae dub.

Bien entendu, l’album ne se résume pas simplement à ces titres. L’ensemble est très cohérent. On notera l’esprit très « classic hip-hop » qui devrait, à n’en pas douter, faire plaisir aux trentenaires ayant connu les grandes années West Coast-East Coast…

Une très bonne idée de se procurer ce volume 3 des Groove Sessions pour illuminer un peu plus cette période estivale. On va pouvoir écouter cet album sans se lasser en attendant la prochaine fournée qui sera, à en croire l’évolution du label, encore une belle surprise.