Asian Dub Foundation – More Signal More Noise

Le nouvel album d’Asian Dub Foundation est sorti le 10 juillet dernier, l’infatigable groupe anglais revient 2 ans après son dernier album. En tenant compte de la fidélité inusable de ses fans de la première heure, on ne peut que constater que l’intérêt majeur du groupe est la prestation scénique. La formation ayant fait ce même constat, l’intégralité de l’album a été testé en premier lieu sur scène pendant plusieurs mois. Cela permet d’expliquer la rapidité avec laquelle a été produit l’album « more signal more noise »… 3 jours.

Parler d’énergie pour décrire cet album serait un doux euphémisme et certainement réducteur, on aura également le plaisir de retrouver l’un des fondateur du groupe DR DAS qui, avouons-le, manquait cruellement à la formation depuis 6 années. Cet album a pris son origine dans le cadre d’une prestation de type « ciné-concert » sur les images du film culte de Mathieu Kassovitz « La Haine », le métissage sonore d’ADF collant parfaitement à l’œuvre brulante de l’un de nos meilleurs réalisateurs de ses 20 dernières années. J’aime à rappeler que David Bowie avait érigé le groupe à celui de meilleure formation mondiale en parvenant à repousser les limites de la création et de l’expression artistique mêlant dub, punk (en créant par la même occasion le Dub-punk), reggae, ragga, pop, électro et Hip-Hop… D’autre part, l’engagement social de « l’Asian dub familly » n’est plus à démontrer et c’est ce qui a, en partie, fait le succès du collectif londonien aux origines indo-bengalie depuis ses débuts en 1993 en dénonçant la discrimination raciale, les persécutions politiques, la condition de la femme (impossible d’oublier « 1000 mirrors » chanté par Sinead O’connor), le libéralisme qui se réduit comme peau de chagrin…. Bref pour ADF, l’objectif est clair : « Il n’y a aucune forme artistique qui ne soit affectée par ce qu’il se passe dans la société ».
Cuvée 2015

Chaque album apporte sa dose de nouveauté, pour « more signal more noise » elle est de taille puisque la formation compte désormais un nouvel artiste répondant au nom de « Nathan Flutebox Lee ». Pour ceux qui ne le connaissent pas je conseille de visualiser ses vidéos sur internet, les prestations y sont complètement folles, il s’agit d’un « human Beatbox » ayant couplé son art avec la flute traversière… saisissant. Son omni présence apporte une véritable fraicheur à chacune des pistes et ajoute une corde de plus à l’arc de la fondation (le premier lecteur capable de trouver le jeu de mot gagnera ma sympathie éternelle).

Mise à part cette nouveauté, on pourra reprocher au groupe de trop préserver la verve originale, pourtant indispensable à leur image. Le style ADF est acquis et ne comptez pas sur eux pour sombrer dans la « malbouffe auditive », ils mourront avec leurs idées et personne ne peut leur reprocher.

Notons quelques titres puissants de l’album comme « Stand up » concentrant l’art d’un Adrian Sherwood (Maitre en production dub ayant collaboré avec Coldcut, Primal Scream et Depeche Mode entres autres) avec notre flutiste moderne caractérisé par son souffle fiévreux aux tonalités soul-jazzy. « Blade Ragga » titre très dynamique dans la composition globale puisqu’ emprunté à la Drum’n Bass et qui ramène le groupe à ses tout débuts et notamment sur l’album culte sorti en 2000 « Community Music ». « Fall Of The House Of Cards » un featuring avec le groupe en provenance de Calcutta « Gandu Circus », même énergie, même controverse mais l’ancrage dans la culture Bengalie y est encore plus prononcé. « Get Lost Bashar » un chant inspiré par le poète Syrien Ibrahim Qashoush assassiné depuis par la milice, pardon la police d’Assad en raison de son art. Cette piste évoque comment la puissance de la musique influe dans certaines cultures et faits historiques. Elle n’a plus la même place qu’avant dans ce pays, elle a été ramenée au rang d’accessoire, seulement comme un passe-temps. Il y a certains endroits où il ne fait pas bon être musicien, là où plane une menace, où cela devient un métier dangereux…

En conclusion, « more signal more noise » est un très bon album qui semble revenir aux sources, étant moins « pop » que sur ces 10 dernières années et qui ravira, je le pense, plus les fans de la première heure. Pour les autres je conseille d’investir dans les œuvres majeures du groupe soit Facts and Fictions soit RAFI (qui pour moi est absolument indispensable).